Éducation populaire et savoir savant :
le cas de la « culture scientifique »

 

Olivier Las Vergnas,
Cité des sciences et de l’industrie et

Cirasti, mouvement français des exposciences

 

 

Mes pratiques d’éducation scientifique et technique non-formelle développées dans le double cadre de l’éducation populaire associative (Planète-sciences, Afa, Cirasti) et de l’action culturelle publique (Cité des sciences) m’ont conduit à me demander pourquoi, depuis trente ans, les discours sur le développement de la « culture scientifique du plus grand nombre » se répètent mais ne restent que velléitaires et incantatoires. L’analyse longitudinale de leurs répétitions démontre à la fois la nécessité et l’impossibilité de réduire la « désaffection des sciences ».

 

Sur la même période, des pratiques d’éducation non-formelle se sont révèlent très pertinentes à l’échelle de quelques individus (clubs, stages, projets locaux ou thématiques) mais sans effet notable sur la représentation des savoirs scientifiques à l’échelle de la société. Ainsi, les actions et réseaux de l’éducation populaire témoignent de la crédibilité d’une approche « savoirs choisis » mais se sont révélés peu aptes à les démultiplier massivement (à la seule exception peut-être des « Nuits des étoiles » ?). Pourtant, ce n’est pas faute de le vouloir et de dire le vouloir.

 

En réalité, la naïveté des discours camoufle une écrasante disproportion en volume (à l’échelle de la société française) entre enseignement formel des sciences et éducation scientifique non-formelle. En France, l’enseignement formel des sciences représenterait, selon le mode d’estimation, de 10 à 50 fois plus d’heures x personnes que toutes les médiations scientifiques non-formelles. Or, l’expérience de la découverte scolaire des sciences se révèle dé-goutante pour trois quart de chaque classe d’âge puisqu’elle se solde pour cette proportion d'élèves par un abandon, dans la plupart des cas, sur mauvaises notes.

 

Vu cette disproportion, l’éducation populaire n’a pu, dans les trente dernières années, que démontrer la possibilité de donner le goût des savoirs savants en en faisant des « savoirs choisis ». Elle n’a pu en revanche empêcher la réminiscence globale de dé-goût inspirée dans la société par un système insuffisamment doté en enseignants pour pouvoir à la fois former et identifier le quart de « bons en math » indispensable à nos sociétés technoscientifiques, sans pour autant dégoûter les autres.

 

 

Références :

 

1. Las Vergnas Olivier. « Les savoirs scientifiques seront-ils toujours infantilisants ? » Revue Alliage, culture, science, technique. n°59, Nice, 2006

2. Las Vergnas Olivier. « Nos sociétés peuvent-elles prendre le gai savoir au sérieux ? » Rebond du dossier « Espaces culturels de formation », Revue Savoirs, n°11, Paris, L'Harmattan, 2006,