Le cas particulier du Pupille L.

(Hippolyte Luc, 1883-1946)

 

extrait du bulletin

de la société des sciences naturelles et historique de l'yonne, vol 132, 2000

 

 

Parmi les milliers de pupilles qui furent  placés sous la responsabilité de Mathieu Tamet, l’un d’entre eux jouera un rôle particulier dans sa vie. Il s’agit du pupille Luc, un des nombreux enfants placés sur la petite commune de Sainte Magnance.

 

L’enfance : « je dois au département de la Seine d’avoir remplacé le père ouvrier la mère ouvrière que la mort m’avait enlevé. »

 

Le 25 avril 1883, Luc. naît à Paris (dixième arrondissement) de Clémentine Luc, ouvrière et de « père non déclaré ». Sa mère décède quelque temps plus tard (la date précise nous en est inconnue). Luc est alors placé dans le Morvan, chez Isaï Prevost, fermier habitué à recevoir des enfants de l’assistance. Il écrira à la fin de sa vie que « orphelin dès l’enfance, je dois au département de la seine à ses œuvres d’assistance d’avoir remplacé le père ouvrier, la mère ouvrière que la mort m’avait enlevé ». A la rentrée scolaire 1896, il a treize ans et devrait être gagé, mais une décision de poursuite d’études est prise pour lui. Luc devient « boursier du département de la seine ». et est inscrit au collège d’Avalon.

 

Sa bourse est maintenue dans les années suivantes. Les archives du département de la seine signalent qu’en 1901 « Trois pupilles d’Avallon et de Romorantin ont obtenu le baccalauréat de l’enseignement secondaire. L’un d’entre eux est interne à Louis-le-grand à Paris ». Luc y continue en effet des études supérieures, toujours boursier du département de la Seine et obtiendra ainsi la licence de Philosophie.

 

 

L’âge adulte : « améliorer la condition du peuple, restée douloureuse et injuste »

 

16 septembre 1907. Hippolyte Luc épouse une avalonnaise. Maria Tamet, fille aînée de Mathieu Tamet. A la rentrée 1909, le voici nommé au Cateau, près de Lille, puis en 1911 à Valenciennes puis Epinal. Après deux  essais infructueux, il est reçu troisième à l’agrégation de philosophie en  1913. Quelques mois plus tard, il est mobilisé, deux fois blessé à la cuisse et créé même un journal des poilus, intitulé le Klakson. En 1916, Luc est nommé Sous-Lieutenant alors qu’il est à Verdun, où il est a nouveau blessé et attrape la Typhoïde. On le nomme finalement au Grand Quartier Général Pétain-Foch au moment de la signature de l’armistice.

 

Sa progression reprend dans le civil ; il devient Inspecteur d’académie à Charleville (1920), puis est nommé fin 1925 Sous directeur de l’enseignement technique au Ministère. Huit ans plus tard, il sera en promu Directeur agissant pour le développement massif d’un enseignement technique controlé par l’état au service d’une politique de promotion sociale du peuple. Il dira à la fin sa vie : « né peuple, j’étais resté peuple (…) il ne s’agissait pas pour moi de faire une carrière, d’obtenir une série d’honneurs et d’avantages. (….) le but que j’ai visé a toujours été d’améliorer autant que je le pourrais la condition du peuple, restée dans ses grandes lignes, douloureuses, injuste ».

 

 

De la maturité à la chute « il eut laissé passer tous les régimes pourvu que l’enseignement technique ne passa point »

 

Hippolyte Luc reste en poste durant l’occupation, défendant l’automie de l’enseignement technique face au secrétariat à la jeunesse. Henri Pierron Dr de l’INOP dira de lui « il eût laissé passé tous les régimes pourvu que l’enseignement technique ne passa point ». Atteint d’un cancer début avril 44, il est opéré le 27 avril. On l’interdit alors d’accès au ministère et il est mis en demi-traitement. Cet état est maintenu par le gouvernement qui suit la libération. Le 13 mars 1945, il est convoqué devant le conseil supérieur d’enquête du MEN qui le réintègre au même grade le 22 septembre 45. A un détail près : il est remis en activité « avec des fonctions égales en importance à celle qu’il occupait avant sa suspension, mais qui soient en dehors de la Direction et de l’administration de l’ET. Motif : « sa conception isolationiste de l’enseignement technique ». Hippolyte Luc décède le 20 février 1946, laissant un fils Jean né en 191X et une fille Anne Marie née en 1918 (la mère des auteurs).

 

OLV