Canevas d'une prise de position commune des dirigeants des associations d'éducation populaire engagées dans l'animation scientifique.

Olivier Las Vergnas, 3 mars 2004

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Plusieurs personnalités du monde politique ou scientifique s'inquiètent d'une "désaffection des sciences par les jeunes". Une baisse spectaculaire des inscriptions en DEUG de sciences (de 52 à 32 milliers par an entre 1995 et 2001) et un tassement du nombre de nouveaux bacheliers scientifiques (il est passé par un maximum de 19,5% d'une classe d'âge en 1994 et est retombé depuis à 14,8% en 1998 et se trouve aujourd'hui aux alentours de 16,5%) a en effet attiré l'attention sur cette question.

Ce constat est en fait à tempérer, ces évolutions pouvant s'interprèter comme l'effet d'une préférence aux études jugées plus professionnalisantes. Ainsi, DUT, BTS et classes préparatoires scientifiques ne subissent pas le même effet et au total, c'est un ratio quasiment stable (de 1995 à 2001) de six bacheliers scientifiques sur dix qui poursuit des études scientifiques ou technologiques. Quant à la baisse des baccalauréats scientifiques, elle doit être également pondérée : certes, le nombre de Bac S est passé de 139 à 129 milles surla période 1995-2002(soit - 6,5%) ; mais il faut avoir en tete que sur la même période 1995-2002, les bac littéraires sont passés de 71 milles à 50 milles (soit -30%) et les Bac pro de 67 à 93,5 milles (soit +40%), les Bacc sciences éco et techno ayant eux peu variés (Bac ES en lègère crossance de 76,5 à 79 milles et Bac techno à l'équilibre ayant passé de 138 à 141 milles avec un max en 152 milles en 2000) [sources : DEP MEJENR, rapports Ourisson et Duverney].

De fait, c'est surtout le risque de non renouvellement des enseignants de sciences qui est préoccupant : les effectifs des candidats au CAPES de sciences ont chuté de 18000 à 12000 de 1997 à 2002, un diminution qui a suivi avec quelques années de décalage la réduction de 50% du nombre de postes ouverts (de quatre à deux milles) entre 1994 et 1996. A ces données, s'ajoute le regard que les jeunes scolarisés portent partout en Europe sur les matières scientifiques : plus de deux tiers d'entre eux pensent que c'est parce qu'ils ne sont pas assez attrayants que les cours de sciences ne donnent pas envie de faire poursuivre des études scientifiques [source : eurobaromètre 55.2, novembre 2001, il est d'ailleurs à noter qu'on leur demande pourquoi les cours ne donnent pas envie et non pas si c'est vrai ou faux].

Ainsi plus de deux jeunes européens scolarisés sur trois jugent les cours de sciences insuffisament attrayants. Pourtant, de multiples actions montrent a contrario qu’il est tout à fait possible de construire des situations pédagogiques où se manifestent et se développent la curiosité et l’intérêt des jeunes pour des activités scientifiques. En France, le programme " la main à la pâte " est souvent cité. Loin d’être unique, cette expérience s’inscrit dans un ensemble d’actions expérimentées par de multiples acteurs de l’éducation populaire. Ainsi, (il faudra ici ajouter quelques exemples : CVL, CLSH, collèges et lycées de nuit…, un ballon pour l'école, ateliers Petits débrouillards, @teliers Ciel et espace) ; autant d’activités qui sont mises en valeur dans le cadre des "expo sciences" locales, régionales ou nationales qui depuis une quinzaine d’années permettent à des centaines de groupes de jeunes chaque années d’exposer leurs réalisations. C'est en partant de ses propres observations, en cherchant à résoudre un problème qu'on indentifie clairement que l'on découvrira le plus facilemement l'intérêt et la pertinence des méthodes scientifiques.

Chacune de ces actions montrent que, pourvu que les conditions de faisabilité soient remplies (pédagogie active, petit groupe, encadrement suffisant, formation des éducateurs, matériel ad hoc et réglementation adaptée) il est possible de donner l’envie et les moyens aux jeunes en âge de fréquenter l’école primaire, le collège ou le lycée de pratiquer de manière très profitable des activités de découverte et d’exploration scientifique : un constat connu depuis au moins deux décennies de tous ceux qui s’intéressent aux recherches pédagogiques et aux activités dites d’éveil. Alors, puisque de telles pratiques prouvent la possibilité d’intéresser les jeunes aux sciences, comment ce regard négatif des jeunes pour les études de sciences peut-il s'interprèter ?

Sans doute la réponse est-elle que ces pratiques si formatrices, si motivantes restent très marginales. Ainsi, la main à la pâte ne touche-t-elle qu'un élève du primaire sur quatre. Quant aux activités d'éveil et à la pédagogie active au collège, leur impact quantitatif est aujourd'hui extrèmement limité. Voilà un constat certes préoccupant, mais qui permet de définir une ligne d'action : la démultiplication massive de ces pratiques doit être la pririté de chacun. C'est d'ailleurs ce qui est affirmé avec force par la plupart des autorités et acteurs impliqués dans l'action culturelle scientifique. Or, là force est de constater que de telles activités d'éveil progressent assez sensiblement au primaire, mais que leur démultiplication stagne au collège.

Certes, les directives ministériellles prévoient la mise en place d'"itinéraires de découvertes" qui permettent d'offrir aux collégiens l'occasion d'une découverte active des sciences, en relations avec leurs centres d'intérêts, mais malheureusement pour la plupart d'entre eux, la rencontre avec l'univers scientifique est surtout marqué par la confrontation avec 4 heures hebdomadaires de mathématiques abstraites, voire arides et souvent vécues comme déconnectées des réalités et intérêts quotidiens. Ils sont bien peu nombreux ceux qui aurant dans ces conditions la chance de faire le lien entre leurs pratiques techniques, artistiques, sportives, de loisirs et la démarche scientifique. L'on en vient à se demander si la volonté de donner l'envie et les moyens à tous les jeunes de s'intéresser aux sciences est véritablement consensuelle. Comment se fait-il alors que perdure un enseignement segmenté en tranches disciplinaires, gouverné par des programmes sommatifs et des formes magistrales d'enseignement ? Prenons par exemple la question des programmes et du volume des enseignements des mathématiques. Qui oserait prétendre que les programmes sont conçus pour une pédagogie de la réussite ? Qui pourrait croire qu'ils ont pour but de donner l'envie et le gout de la démarche scientifique ? Ne subsisterait-il pas là des vestiges d'une conception de la pédagogie d'un autre âge, développée avant tout pour les besoins de la sélection ?

 

 

 

solution 1 :

on termine en disant qu'il faut que l'école, les collèges et les lycées s'ouvrent plus au monde de l'éducation populaire et qu'il faut démultiplier les activités d'éveil et de découverte scientifiques, qu'il faut mettre plus en valeur les exposciences... Et on en fait un communiqué de presse que l'on diffusera à l'occasion de l'exposcience de Dresde ou du séminaire de Marly...

solution 2 : contribution à la reflexion collective sur les sciences

on ajoute

- une analyse critique des paradoxes de l'action culturelle scientifique et technique
- une critique du plan national de diffusion de la culture scientifique qui est un inventaire à la Prévert amalgamant et n'est assorti en réalité d'aucun moyen supplémentaire
- une référence à la situation actuelle de la recherche