Quatre-vingts médiateurs et responsables de structures d’éducation populaire ou d’action culturelle se sont réunis à Tours les 31 janvier et 1er février 2008 sur le thème de « l’animation scientifique et l’éducation à l’environnement face au marché ». Cette troisième édition des rencontres du Cirasti, mouvement français des exposciences, co-organisées avec l’IUT de Tours (1) partait du constat que l’animation scientifique ou technique et l’éducation à l’environnement n’échappent pas à la logique des marchés.
L’époque n’est plus celle des subventions sur des objectifs d’intérêt général, mais celle de la vente de prestations formatées, adaptées aux besoins de clients, collectivités locales aussi bien que parents. Les participants ont cherché à préciser comment s¹organiser face à cette logique de la mise en concurrence et du client-roi qui ébranle aujourd’hui non seulement l¹économie des organisations d’éducation populaire mais aussi leurs pratiques pédagogiques.
Plusieurs contributions ont aidé à se positionner entre le rejet des logiques et des contraintes de la "marchandisation de l’éducation" la recherche de définition d’un marketing social propre aux organismes du secteur de l’économie sociale et solidaire. Des contributions comme celles de Jack Guichard, directeur du Palais de la découverte, Jean-Claude Guiraudon, président d’honneur du Mouvement international pour le loisir scientifique et technique, Antoine Pillet, auteur du « Marketing Social et solidaire » et François Bouvier, directeur de collection chez Albin Michel et conseiller de plusieurs collectivités territoriales, ont illustré les évolutions de l’économie du secteur, contextualisé les expériences et permis d’amorcer des comparaisons internationales.
Concrètement, au travers d’ateliers centrés sur trois cadres de pratique d’animation scientifique (les activités périscolaires, les centres de vacances et de loisirs et les opérations destinées au grand public) les conséquences très diverses de ces logiques ont été identifiées : structuration de nouveaux acteurs donnant priorité à la seule logique du profit économique, priorité aux activités courtes, voire saucissonnées, aux thématiques médiatisées, si ce n’est racoleuses, multiplication de propositions d’activités qui utilisent la science comme simple prétexte à un divertissement, mélangeant à l¹occasion le scientifique et l¹ésotérique.
Des stratégies telles les « groupements solidaires » ont été présentées comme alternatives à la concurrence entre associations et entre association et des entreprises marchandes et les enjeux des changements observés dans le secteur associatif ont été analysées. Enfin, pour préciser les éléments d’une déontologie et des pistes pour des plans d’actions, quatre leviers d’action ont été exploré : professionnalisation, communication, concertation et évaluation.
Retenons les deux principales conclusions de ces travaux :
-le marketing est une démarche à adapter aux valeurs et aux finalités des projets culturels et éducatifs et non une fin en soi ;
- la question de l’évaluation parait un chantier interassociatif à développer pour éviter la confusion avec la communication à des fins promotionnelles et pour sortir d’une « évaluation descendante subie » en fonction de simples crité ères comptables au profit d’une « évaluation choisie concertée » permettant de réelles analyses de progressions socioculturelles. (évaluation subie / évaluation choisie).
Cette troisième édition des rencontres de Tours s’est terminée par la mise en place de deux groupes de travail : l’un porte sur la professionnalisation des animateurs/médiateurs scientifiques et l’autre sur l’analyse des stratégies locales de concertation dans la perspective de production d¹une charte. De plus, il a été suggéré que l’observatoire des exposciences mis en place depuis trois ans par le Cirasti puisse servir de cadre à une concertation sur des critères partagés d¹évaluation à proposer aux partenaires et maîtres d¹ouvrage.
Pour en savoir plus : Olivier Las Vergnas, président du Cirasti, mouvement français des exposciences,
Dominique Bachelart, responsable de la licence pro « médiation scientifique et éducation à l¹environnement », IUT de Tours
voir par exemple : http://www.cirasti.org/article.php3?id_article=264